“Chasseur, cueilleur, parent” de Michaeleen Doucleff

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Alors là, les ami.e.s, c’est du lourd ! Genre du GROS-GROS-LOURD. Vous savez, de ce genre de livre qui vous balaye tout. Comme un voile qu’on soulève et qui vous mets la claque. Voilà, il en fait partis. On le lit en tant que parent mais on le lit également en tant qu’enfant. Oui, cet enfant occidental qui reste en nous…

Je pose le décor, c’est l’été, propice aux lectures parce que y a Mamie dans les parages qui s’amuse au docteur looongtemps avec l’enfant. (et que l’enfant du coup, vous oublie ! Alleluia !).
Le coup de téléphone d’une amie qui vous est chère. On remets à jour nos vies rapidos : état des lieux du mood général, du couple, de la vie pro, du sport qu’on aimerait faire plus, des burn-out qu’on évite tant bien que mal, de nos mioches et… de nos lectures !
“Il m’a chamboulé. Je l’ai déjà relu deux fois, surligné, pris des notes. Tu vois, j’aimerais être ce parent…”. Ah ouai, carrément ?

“Chasseur, cueilleur, parent”, le topo

Michaeleen est mère d’une petite fille de 3 ans. Elle est épuisée, paumée dans l’éducation de sa fille : colère, crises émotionnelles +++, chouinements, la totale qui nous font généralement perdre patience et crier (et sacrément regretté ensuite).
Elle part de ce constat que nous, en Occident, et bien… on est pas très fort en éducation ! On change les règles tous les 10 ans, c’est normal de dire “nan mais c’est une autre génération maman, on fait plus ça maintenant tsé !”, on se récupére des tableaux en sortie de maternité, on nous dit “faut des REGLES, faut CADRER / Non, il faut l’expérimentation avant tout” – “faut expliquer à l’enfant / faut dire NON un point c’est tout” – “faut communiquer ses émotions / ce n’est qu’un enfant” – “faut qu’on faut qu’on…”

Alors de là, première enquête, elle retrace historiquement nos principes éducationnels (je spoile pas, parce que c’est vraiment sympa ! et terrifiant).
Deuxième enquête (immersive), elle part, la gamine sous le bras dans 3 communautés reconnues : les Mayas, les Inuits et les Hadza, notamment pour y comprendre leurs fondements éducationnels reposants sur :
• la responsabilité, le travail en équipe, la collaboration : Mayas
• la gestion des émotions : les Inuits
• l’autonomie et la confiance en eux : les Hadza.

L’avis de la MamaLoutre

 

Déculpabilisant

Pourquoi on perd rapidement patience ? Pourquoi on a l’impression que notre enfant nous manipule quand “on cède à un caprice” ? Pourquoi il ne veut pas nous aider ? Pourquoi les parents d’aujourd’hui sont en charge mentale plus plus plus ? et bien, faute à tout ce qu’on a récupéré depuis des décennies ! Faute à la famille nucléaire, faute à la surévaluation des capacités émotionnelles d’un enfant, faute aux “vas dessiner, je dois m’occuper de la maison”, faute à la surprotection, faute à la performance (oui oui c’est un jouet Montessori en bois qui développe ses capacités cognitives !). Alors, c’est de notre faute, mais pas vraiment 😉 Et c’est presque apaisant d’en connaitre certaines causes.

Sans injonction, sans jugement, sans pression

Finalement, il y a des comportements que nous adoptons déjà, intuitivement, sans comprendre les conséquences ou pourquoi on le fait. ça nous explique en quoi c’est pas cool ou en quoi c’est cool.
Il n’y a pas de “il faut”, mais des “j’ai essayé ça avec ma fille en rentrant, j’ai du m’y reprendre à plusieurs fois. J’ai essayé une variante…” C’est des scènes vues dans ces communautés et retranscrites, puis des adaptations, des niveaux de “tests”. Des recherches historiques et scientifiques autant qu’empiriques.
C’est une lecture dynamique, qui donne des pistes pour que l’éducation devienne plus douce, plus instinctive, avec moins de conflits. Donner sa place à l’enfant, pas nécessairement dans l’insouciance ou le laxisme mais sa place dans une famille, avec sa responsabilité et ses apprentissages.

Le meilleur livre d’éducation lu à ce jour, et surtout, à lire à deux !

La Mama-Loutre est donc d’accord avec sa chère amie : “moi aussi c’est le parent que je voudrais être”, même si c’est bien compliqué de rompre quelques schémas durement ancrés. Et comme dans tout regard éducatif, c’est un livre clairement à lire avec l’autre parent. Pour pouvoir se réajuster mutuellement (les vieilles habitudes n’est-ce pas !), pour tester ensemble, debriefer et avoir une réelle cohérence pour que ça fonctionne.

Exemple : dans la gestion des dangers, (ou des consignes) les inuits utilisent beaucoup les histoires, évitant de dire “NOOOON ATTTENTION !”, ou de répéter milles fois les conséquences, de perdre patience et de rentrer en conflit. L’autrice teste le principe d’histoire avec sa fille : “referme la porte du frigo… s’il te plait… qu’est ce que je t’ai dit… on perd de l’énergie, electricité, aliments… la planète… blabla…” jusqu’à tenter “tu sais, y a un petit monstre dans le frigo, plus tu laisses la porte ouverte, plus il grandit… et puis il va sortir après ! et bam t’emporter !” Le sourire pour montrer à l’enfant que c’est une blague mais que… qui sait ? c’est peut être vrai ? L’enfant dit “mais c’est pas vrai maman ?” tout en refermant la fameuse porte ! Et hop !


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